On dit souvent que les écrivains sont des rockstars manquées, et il semble que chez Michel Houellebecq ce cliché soit bien vrai. Cet écrivain français controversé est connu pour ses romans à succès ou il déstructure la vie contemporaine. Il est reconnu pour son fatalisme charmant, les médias le présentent comme le Keith Richards littéraire, toujours une cigarette allumée, jamais loin d’une bouteille de vin.
Comme une rockstar, ses idées et son point de vue sont assez iconoclastes et il a une conviction et une perspicacité particulières qui font partie de son charme. Cependant, les critiques l’ont souvent traité de misogyne, de réactionnaire et même de pornographe, mais ces affronts exagérés n’ont servi qu’à augmenter son infamie. D’ailleurs, comme une rockstar connue Houellebecq sait manipuler les medias. Il soulève la polémique, notamment en perpétuant le mythe de son style de vie excessif lors de ses entretiens alcoolisés et son attitude pragmatique envers la drogue. Il faut se souvenir que Houellebecq est apparu sur la couverture de la 240ième édition du magazine Les Inrockuptibles, avec le titre “Houellebecq, rock-star?”
En 2000, Houellebecq fait ses premiers pas dans le monde de la musique populaire en sortant un album de poésies récitées, Présence Humaine, avec des arrangements de Bertrand Burgalat. C’est un album de chansons rock où Houellebecq interprète le rôle d’un Gainsbourg, à la karaoké. Cette année il a sorti deux chansons, “Novembre” et “Le film du dimanche”, soit deux de ses poèmes mis en musique par l’immense Jean-Claude Vannier, musicien qui a travaillé avec Gainsbourg. Dans ses chansons la musique est plus organique, analogue et texturée- un peu à la Tom Waits, mais bien plus mélancolique.
Si bien que Houellebecq veut s’immerser dans le monde de la musique, les vedettes de la scène musicale veulent s’associer avec cet enfant terrible du monde littéraire. Comme par exemple, Iggy Pop qui a sorti un album en 2009 en s'inspirant profondément du roman de Houellebecq, La Possibilité d’une île. Ainsi que dans son album sorti en 2008, Comme si de rien n’était, Carla Bruni a fait une chanson intitulée “La Possibilité d’une île” influencée d’un extrait du roman de Houellebecq pour les paroles de la chanson. On pourrait dire que ces musiciens voulaient simplement augmenter leur credibilité artistique en citant un écrivain connu. Mais il faut se demander pourquoi ces rock-stars sont si attirées par l’oeuvre de Houellebecq, et pourquoi celui-ci est-il attiré par la culture de la musique populaire?
La musique est un art éphémère, alors les musiciens sont attirés par l’aspect monumental du roman littéraire; mais pour Houellebecq, le travail d’un écrivain est bien solitaire et abstrait, assez loin de la vie réelle. La musique à une imminence, un aspect viscéral et dionysiaque qui séduisent les écrivains solitaires. La musique nous permet de comprendre le monde d’une façon intuitive, émotionelle et irrationelle; contrairement à la littérature qui nous permet de comprendre le monde d’une façon plutôt rationelle et considérée. La littérature nous exalte par moyen de l’intellect et nous unfie par l’évocation d’une experience qu’on partage tous. Par contre la musique nous exalte en reliant Dieu (la mélodie abstraite) et l’animal (le rythme et la danse) qui existe dans l’être humain; de cette façon la musique est mythique. Houellebecq a dit, “j’ai très bien marché aux mythes forts du rock, je ne me vois pas discuter avec Iggy Pop ou Lou Reed. J’imagine bien qu’Iggy Pop existe en vrai, mais je n’arrive pas à me faire à l’idée qu’il est réel.”
Dans ses romans épiques, Houellebecq examine la vie de l’individu dans une société de consommation, une société dépourvue d’idéologies légitimes. Par son évocation d’un monde sans sens, il essaie de créer une mythologie pour l’époque contemporaine. C’est bien ce côté mythique qui lie la littérature de Houellebecq avec la musique, les deux approches mythologisent le monde contemporain, en nous donnant des aperçus de notre rôle dans le monde, en reliant Dieu et l’animal humain.

